Lettre ouverte à M. Alain Souchon et aux maisons de disque
Par Sanji le mardi 21 octobre 2008, 18:29 - Lien permanent
Un billet hors sujet, et hors habitudes aujourd'hui...
Récemment, M. Alain Souchon a fait du bruit dans la blogosphère en proposant un
titre en téléchargement gratuit. Sur la page d'acceuil de son site, il s'explique par une
vidéo, et une phrase m'a donné envie de réagir, au sujet de l'Internet et du
piratage.
Je n'ai pas téléchargé la chanson. Je ne suis pas fan d'Alain Souchon. Il
fait partie des gens, lorsqu'un morceau passe à la radio, je l'écoute avec
plaisir; mais je n'ai pas envie d'en écouter comme ça, régulièrement.
Sa chanson est un coup de gueule contre les parachutes dorés, et je ne peux que
le soutenir sur ce point.
Mais dans cette petite vidéo, il y a une phrase annexe qui me dérange
:
Personne n'achète les disques, parce qu'ils copient.
Je n'en peux plus d'entendre ça partout, martelé par les maisons de disques
et les gouvernements successifs...
Alors pour commencer, quelques points que je souhaite poser :
- Je ne suis pas fan d'Alain Souchon, mais j'ai du respect pour l'homme, ou du moins ce que je peux en connaître de loin. Ceci n'est pas dirigé contre lui; il n'est que le déclencheur.
- Oui, télécharger illégalement de la musique, copier un disque, etc. c'est du vol. Les artistes doivent être rémunérés, et je ne veux en aucun cas pousser au piratage. Je n'aurai pas l'audace de prétendre que je ne l'ai jamais fait. En général je le fais lorsque j'ai un doute sur le disque et donc sur l'achat, ou lorsque je ne trouve plus le disque, ni en téléchargement légal (iTunes par exemple) ni en boutique. Dans le 1er cas, soit j'achète, soit j'efface (puisque je n'aime pas). Dans le second, je passe outre mes scrupules.
- Ce billet n'exprime que mon ressenti. Il est donc par essence incomplet et
discutable. Je ne sais pas si M. Souchon ou si des professionnels du secteur le
liront (j'en doute), mais si c'est le cas, je serai ravi d'embrayer sur une
discussion.
Maintenant, on entend trop de contre-vérités, ou du moins d'affirmations
invérifiables :
- 3000 emplois ont disparus en 6 mois à cause du téléchargement (un chanteur s'est ridiculisé sur un ancien blog du gouvernement pour avoir affirmé ça sans preuve)
- On annonce des baisses de chiffre d'affaire de l'industrie du disque en rendant le piratage comme seul responsable (sur quelle base, quelle étude ?)
- On associe téléchargement et piratage, sans distinguer la notion de licence. Le téléchargement peut-être légal, comme le P2P.
Il me semble surtout que l'industrie du disque ne se pose pas les bonnes
questions.
Le premier point qui me choque, c'est le prix. 20 € un album ! A l'époque
où ça coûtait 50 FF, je commençais à faire attention, mais 20€...
Alors on va prétendre que ça permet d'aider les jeunes et de soutenir la
créativité. J'imagine que les maisons de disque vivent grâce aux "grands" façon
Souchon, Goldman, Hallyday, etc., mais aussi grâce aux émissions télé que je ne
citerai pas (pour éviter de leur faire de la pub), et grâce aux best-of. Où est
la créativité ?
L'industrie du disque prétend que ce téléchargement est un manque à gagner.
Êtes-vous assez naïf pour croire que sans possibilité de télécharger
illégalement, les "pirates" auraient acheté ? J'en doute fort. Il est déjà
difficile de savoir ce qui est réellement téléchargé illégalement, alors aller
interroger ces gens pour savoir s'ils auraient acheté sans cette
"facilité"...
On peut d'ailleurs croiser cette question avec la place de leader de l'iTunes
Store, tout support confondu, aux USA. Téléchargement légal, facile, pas trop
cher, et bien ça semble marcher. Mais ça n'arrange pas l'industrie du disque
qui prétend que sa marge est trop faible. Facturer le double pour avoir une
galette plastique que l'on va stocker inutilement, ça me dérange.
Comment se fait-il que l'industrie du disque n'évoque jamais le fait que le
marché change ?
Les consommateurs veulent-ils encore du disque, ou du moins, ne veulent pas
autre chose en plus du disque ? Chacun écoute de la musique partout, à la
maison, mais aussi en déplacement, en voiture, etc. Donc on consomme peut-être
du disque à la maison (avec un bon son, etc.), mais on consomme du numérique
ailleurs. L'iPod est branché dans la voiture par exemple. Et pour beaucoup,
l'iPod (ou équivalent) est la seule source. La musique s'achète de plus en plus
en ligne, voire s'écoute en ligne (blip.fm).
Donc on se retrouve face à une industrie qui ne répond pas à notre besoin de
consommateur, qui nous facture cher un produit qui nous convient si peu, et qui
nous accuse de sa perte.
Parfois, je me prend à rêver que cette industrie et les gouvernements poussent
leur logique encore plus loin. Interdisez, bloquez, traduisez en justice, etc.
Une fois que tout ça aura abouti, et que les ventes de disques ne décolleront
toujours pas, qui va devenir le responsable ?
Edit du 27/11 : je vous recommande la lecture de ce billet sur Tapahont.
Commentaires
Bonjour,
Belle réflexion, j'approuve complètement.
Et puis, les consommateurs que nous sommes, on leur pouvoir d'achat qui a baissé, alors perso, quand on a une petite famille, on la fait manger avant de penser aux divertissements. Total, le budget cd est très amputé, on a pas le droit à l'erreur, alors le téléchargement nous permet de faire le bon choix du cd à acheter (la gravure vieilli très mal, alors quand on aime vraiment, on achète ou on se fait offir). Si on ne peut plus télécharger, on ira à la fnac écouter le cd, comme au bon vieux temps.
Pour ma part, quand j'emprunte un livre à la bibliothèque municipale et qu'il me plaît, je fini toujours par l'acheter, je veux l'avoir dans ma biblio perso.
Il en est de même pour les CD.
Et puis la concurrence est rude. On nous a dit : "fait un métier ou tu peux t'épanouir, ne fait pas les 3x8 comme moi". Aujourd'hui, pas de danger, il n'y a plus d'usine ;-)) mais on a pleins d'artistes... sans le sous... qui on téléchargé avant de se faire télécharger... c'est le chien qui se mord la queue.
Merci pour ce commentaire.
Nous sommes en pleine mutation; j'espère juste que ça ne sera pas au détriment du consommateur.
Et j'espère aussi que l'on va arrêter d'employer le terme "pirate". Mettre les gens qui copient un disque au même niveau que ceux qui détournent un avion me dérange fortement...