Je n'ai pas téléchargé la chanson. Je ne suis pas fan d'Alain Souchon. Il fait partie des gens, lorsqu'un morceau passe à la radio, je l'écoute avec plaisir; mais je n'ai pas envie d'en écouter comme ça, régulièrement.
Sa chanson est un coup de gueule contre les parachutes dorés, et je ne peux que le soutenir sur ce point.

Mais dans cette petite vidéo, il y a une phrase annexe qui me dérange :

Personne n'achète les disques, parce qu'ils copient.

Je n'en peux plus d'entendre ça partout, martelé par les maisons de disques et les gouvernements successifs...

Alors pour commencer, quelques points que je souhaite poser :

  • Je ne suis pas fan d'Alain Souchon, mais j'ai du respect pour l'homme, ou du moins ce que je peux en connaître de loin. Ceci n'est pas dirigé contre lui; il n'est que le déclencheur.
  • Oui, télécharger illégalement de la musique, copier un disque, etc. c'est du vol. Les artistes doivent être rémunérés, et je ne veux en aucun cas pousser au piratage. Je n'aurai pas l'audace de prétendre que je ne l'ai jamais fait. En général je le fais lorsque j'ai un doute sur le disque et donc sur l'achat, ou lorsque je ne trouve plus le disque, ni en téléchargement légal (iTunes par exemple) ni en boutique. Dans le 1er cas, soit j'achète, soit j'efface (puisque je n'aime pas). Dans le second, je passe outre mes scrupules.
  • Ce billet n'exprime que mon ressenti. Il est donc par essence incomplet et discutable. Je ne sais pas si M. Souchon ou si des professionnels du secteur le liront (j'en doute), mais si c'est le cas, je serai ravi d'embrayer sur une discussion.


Maintenant, on entend trop de contre-vérités, ou du moins d'affirmations invérifiables :

  • 3000 emplois ont disparus en 6 mois à cause du téléchargement (un chanteur s'est ridiculisé sur un ancien blog du gouvernement pour avoir affirmé ça sans preuve)
  • On annonce des baisses de chiffre d'affaire de l'industrie du disque en rendant le piratage comme seul responsable (sur quelle base, quelle étude ?)
  • On associe téléchargement et piratage, sans distinguer la notion de licence. Le téléchargement peut-être légal, comme le P2P.


Il me semble surtout que l'industrie du disque ne se pose pas les bonnes questions.

Le premier point qui me choque, c'est le prix. 20 € un album ! A l'époque où ça coûtait 50 FF, je commençais à faire attention, mais 20€...
Alors on va prétendre que ça permet d'aider les jeunes et de soutenir la créativité. J'imagine que les maisons de disque vivent grâce aux "grands" façon Souchon, Goldman, Hallyday, etc., mais aussi grâce aux émissions télé que je ne citerai pas (pour éviter de leur faire de la pub), et grâce aux best-of. Où est la créativité ?

L'industrie du disque prétend que ce téléchargement est un manque à gagner. Êtes-vous assez naïf pour croire que sans possibilité de télécharger illégalement, les "pirates" auraient acheté ? J'en doute fort. Il est déjà difficile de savoir ce qui est réellement téléchargé illégalement, alors aller interroger ces gens pour savoir s'ils auraient acheté sans cette "facilité"...
On peut d'ailleurs croiser cette question avec la place de leader de l'iTunes Store, tout support confondu, aux USA. Téléchargement légal, facile, pas trop cher, et bien ça semble marcher. Mais ça n'arrange pas l'industrie du disque qui prétend que sa marge est trop faible. Facturer le double pour avoir une galette plastique que l'on va stocker inutilement, ça me dérange.

Comment se fait-il que l'industrie du disque n'évoque jamais le fait que le marché change ?
Les consommateurs veulent-ils encore du disque, ou du moins, ne veulent pas autre chose en plus du disque ? Chacun écoute de la musique partout, à la maison, mais aussi en déplacement, en voiture, etc. Donc on consomme peut-être du disque à la maison (avec un bon son, etc.), mais on consomme du numérique ailleurs. L'iPod est branché dans la voiture par exemple. Et pour beaucoup, l'iPod (ou équivalent) est la seule source. La musique s'achète de plus en plus en ligne, voire s'écoute en ligne (blip.fm).

Donc on se retrouve face à une industrie qui ne répond pas à notre besoin de consommateur, qui nous facture cher un produit qui nous convient si peu, et qui nous accuse de sa perte.

Parfois, je me prend à rêver que cette industrie et les gouvernements poussent leur logique encore plus loin. Interdisez, bloquez, traduisez en justice, etc. Une fois que tout ça aura abouti, et que les ventes de disques ne décolleront toujours pas, qui va devenir le responsable ?

Edit du 27/11 : je vous recommande la lecture de ce billet sur Tapahont.